Connaître le fonctionnement du cerveau pour mieux enseigner

Si les sciences de l’éducation et les sciences cognitives poursuivent des objectifs différents, ces dernières représentent un éclairage précieux pour tout enseignant en quête d’amélioration de sa pratique.

A ce titre, nous vous conseillons un ouvrage, clair et synthétique : « Enseigner : apport des sciences cognitives » de Nicole Bouin. Cet ouvrage a l’immense qualité d’être très orienté sur la pratique avec une foule d’exemples et de conseils pédagogiques.

A ce titre, nous vous l’offrons lors de votre inscription. 

L’auteur nous dévoile quelques uns des fonctionnements du cerveau, fort utiles pour aider nos élèves à apprendre; en voici quelques exemples :

  • le cerveau est plastique et évolue tout au long de la vie. Cette prise de conscience est très motivante pour les enfants qui croient trop souvent qu’on nait bête ou intelligent. Quand ils découvrent qu’il est normal que cela paraisse laborieux au début, le temps que les réseaux se forment et se renforcent, ils prennent confiance et acceptent de persévérer. Il faut donc leur expliquer le fonctionnement du cerveau dès le plus jeune âge.
  • l’attention est primordiale car sans elle on ne peut ni comprendre ni mémoriser. Mais souvent on ne voit que ce qu’on a l’intention de voir (pour vous en convaincre, demandez par exemple à quelqu’un de vous décrire la tenue de son voisin qu’il a croisé ce matin sur le trottoir…)

Les 3 composantes de l’attention sont l’alerte, l’orientation (sélective ou partagée), puis la supervision qui permet de maintenir cette attention.

Encore une fois, il faut expliquer ce mécanisme aux enfants et leur permettre de découvrir ce qu’ils font pour se concentrer (par exemple, certains vont se reformuler, silencieusement, le discours du professeur dans leur tête, d’autres vont associer des images, etc…). Il faut aussi leur expliquer la difficulté à rester concentrer, les micros décrochages qui vont nécessiter un effort pour se concentrer à nouveau. En effet, on ne peut pas rester concentrer pendant tout le temps du cours, ni les élèves, ni le professeur. Pour aider nos élèves, nous pouvons leur indiquer les situations ou les notions nécessitant une plus forte concentration :

  • compréhension et mémorisation sont 2 phénomènes différents. Nous avons tous vécu l’expérience d’élèves ayant compris une leçon… mais ne s’en souvenant plus la semaine suivante. A l’inverse, nous pouvons tous mémoriser des choses que nous ne comprenons pas

Compréhension et mémorisation nécessitent, chacune, un travail très spécifique.

  • La compréhension passe par des étapes précises. D’abord, dans un énoncé, repérer les indices, les ranger, les organiser. Ensuite, faire des liens avec ce qu’on sait déjà (par analogie, par opposition, fusion, intersection, etc…) A partir de ces liens, nous allons extraire des règles sous-jacentes qui nous permettront de donner du sens à l’ensemble

L’enseignant peut aider les enfants en formulant à haute voix ces différentes étapes lors de la résolution d’un problème

  • la mémorisation suppose de réactiver les engrammes régulièrement pour échapper à la courbe de l’oubli, c’est-à-dire proposer des activités qui obligent à évoquer à nouveau les savoirs (idéalement après 24h / 1 semaine / 1 mois / 1 an ) On peut, par exemple faire des pauses dans le cours pour des QCM ou une prise de note en différé de ce qui vient d’être expliqué, expliquer à un camarade, élaborer une carte mentale ou un schéma, placer les notions dans un tableau, réaliser une fiche de révision. Tout ceci sert à évoquer ce qui a été compris pour le faire passer dans la mémoire à long terme

La mémoire est liée au contexte d’encodage: il peut donc être utile de se souvenir dans quelles conditions on a découvert une notion / ou d’imaginer dans quel contexte on va utiliser cette même notion

  • le cerveau a des limites et, en règle générale, on ne peut comprendre que 2 à 3 concepts par heure, mémoriser 7 informations en moyenne.

Il faut donc hiérarchiser les idées, structurer le contenu, et, en fin de cours demander aux élèves de retrouver les 2 ou 4 concepts principaux qui ont été vus. Idéalement, le cours suivant commencera par la réactivation de ces éléments.

Résumé d’ouvrage : “Apprendre ! Les talents du cerveau / Le défi des machines“, de Stanislas Dehaene 

Ce qui définit notre espèce plus que tout, par rapport aux autres espèces sur terre, c’est sûrement sa capacité d’apprentissage. Le cerveau est un formidable outil pour apprendre, et c’est parce que les hommes l’ont compris qu’ils ont inventé l’école. Nulle espèce n’organise ainsi des moments / un contexte / une structure / une organisation permettant de maximiser la stimulation intellectuelle et de l’apprentissage

 

Qu’est- ce qu’apprendre ?

C’est saisir par la pensée, emporter en soi une parcelle de réalité, un modèle de la structure du monde, transformer les informations qui nous parviennent en connaissances utiles et exploitables

Les idées brutes qui nous arrivent se transforment en idées abstraites, raffinées et suffisamment générales pour que nous puissions les exploiter dans des situations nouvelles : nous les appelons les modèles internes

Ci-dessous quelques idées les 4 piliers de l’apprentissage sont l’attention, l’engagement actif, le retour sur l’erreur et la consolidation

 

L’attention est le premier pilier de l’apprentissage

Pour cela, les fonctions clés sont l’éveil et l’alerte, la sélection, l’orientation et le filtrage

Ce sont l’ensemble des mécanismes par lequel le cerveau sélectionne une information, l’amplifie, la canalise et l’approfondit. Des lors, le plus grand talent de l’enseignant sera de savoir captiver

3 systèmes attentionnels sont présents pour résoudre le fait que nous sommes saturés d’informations et de stimuli :

  • l’alerte : quand faire attention
  • l’orientation : à quoi
  • le contrôle: comment traiter l’information et contrôler l’execution

Attention le fait de focaliser son attention sur un sujet rend à aveugle à d’autres sujets (rappelez-vous la vidéo du gorille qui s’invite dans un match)

Ainsi, si un enfant ne comprend pas à quoi il doit faire attention, il ne le voit pas, et ce qu’il ne voit pas , il ne peut pas l’apprendre

Également à savoir: l’attention change radicalement l’activité cérébrale

Pour vous donner un exemple, prêter attention à la forme générale d’un mot empêche de découvrir le code alphabétique car il oriente l’activité cérébrale en direction d’un circuit inadéquat

  • Pour la lecture : seul l’entraînement phonique (qui attire l’attention sur les correspondances entre lettres et sons) active le circuit de la lecture.
  • Bien enseigner, c’est bien choisir le niveau auquel on veut que l’enfant fasse attention parce que c’est lui et lui seul qui sera appris efficacement

 

Voici un exemple de ce qu’est le contrôle exécutif : décrire ce qui se passe pour 23*8

  • Faire attention au 3
  • Le multiplier par 8
  • Stocker le résultat en mémoire de travail
  • Faire attention au 2
  • Le multiplier
  • Se souvenir qu’il s’agit de la colonne des dizaines et donc pas de 16 mais de 160
  • Additionner 120 et 24

C’est cette attention aussi qui repère les erreurs et corrige / inhibe les opérations qu’il ne faut pas faire

 

Suivre un algorithme de travail implique de conserver en mémoire tous les éléments du programme (résultats intermédiaires, étapes déjà effectuées)

Cette mémoire temporaire consciente traite les informations 1 par 1 et est incapable de faire 2 choses en même temps

Expérience : demandez à quelqu’un appuyez avec la main gauche si son aigu et appuyez avec la main droite si elle voit un Y

Quand les 2 surviennent simultanément ok pour la première mais la deuxième très ralentie ou oubliée mais nous n’en sommes pas conscients

Ce n’est qu’à force d’un entraînement intense, rendant certaines tâches automatiques que nous pourrons faire 2 choses complexes en même temps C’est très rare et on ne sait pas vraiment si l’attention exécutive ne fait pas des sauts rapide d’une tache à l’autre

Conclusions :

  • apprendre à se concentrer est un ingrédient essentiel de l’apprentissage
  • on ne peut pas apprendre 2 choses en même temps
  • apprendre requiert d’accorder la priorité à une tâche précise et toute distraction ralentit ou anéantit nos efforts  (par exemple, une salle de classe trop décorée peut distraire l’enfant et l’empêcher de se concentrer)

 

Apprendre à faire attention

L’attention exécutive correspond à ce que nous appelons la concentration ou le contrôle de soi. Ce système se développe progressivement jusqu’à l’adolescence. Nous apprenons progressivement à nous contrôler et inhiber les stratégies inappropriées, mais ce n’est pas toujours facile

Exemples

  • Choisir le plus grand nombre entre 7 (en gras et grande typo) et 9 ( écrit en petit sans gras )
  • Idem avec l’exercice suivant
  • Nommer sans vous tromper la couleur des mots qui suivent
  • Chien (rouge) maison bien (gras noir) sofa (vert) trop (gras noir) rouge (noir) noir (rouge) vert (noir gras) bleu (rouge) gris (vert)
  • Le ralentissement traduit l’entrée en scène du contrôle exécutif qui doit inhiber la lecture des mots pour se concentrer sur leur couleur

Autre exemple avec le problème suivant

  • Marie possède vingt cinq billes, c’est cinq de plus que Grégoire
  • Combien de billes Grégoire possède-t-il?
  • Avez vous essentiel l’envie d’additionner les 2 nombres ?
  • Car l’énoncé emploie le mot plus alors qu’il faut soustraire

C’est un piège dans lequel les enfants tombent avant de parvenir à se contrôler et à réfléchir au sens profond du problème

L’attention et le contrôle exécutif peuvent être développés par l’entraînement (ex jeux de concentration pour repérer des un indice / chez Montessori via des activités physiques comme marcher sur une ellipse tracée au sol sans jamais la quitter du pied , puis avec une cuillère dans la bouche / une balle dans le cuiller etc..)

Également : la méditation, la pratique d’un instrument de musique

 

Remarque importante

Si tous les animaux sont capables d’attention, il existe une particularité chez l’homme, celle du rôle du contexte social Nous faisons attention à ce à quoi d’autres font attention.

Par exemple, l’enfant suit l’adulte du regard, croise son regard puis suit le regard de l’adulte C’est ce qu’on appelle l’attention partagée.

D’ailleurs une personne fait facilement apprendre un mot nouveau à un bébé alors qu’aucune vidéo n’y parviendra La présence d’un tuteur impacte l’apprentissage : le contact oculaire attire l’attention de l’enfant et lui indique que l’adulte a l’intention de lui enseigner quelque chose.

Exemple de la femme qui regarde un objet À avec sourire et B avec dégoût. Si pas de contact oculaire : le bébé gardera l’info sur la femme (elle aime A et pas B). Si contact oculaire, il va généraliser l’info : l’objet A est agréable et B est mauvais . (Nb : montrer du doigt joue le même rôle)

Même un bébé de 18 mois comprend que si on le regarde dans les yeux, c’est qu’on cherche à lui transmette une information importante

  • Enseigner c’est faire attention à l’attention de l’autre

L’adulte qui enseigne doit toujours penser à ce que l’enfant ne sait pas et donc adapter ses mots et ses exemples Le bon pédagogie se construit un modèle mental de son élève, de ses compétences, de ses erreurs pour le faire progresser Et l’élève en est conscient Cette faculté est uniquement humaine

  • La relation pédagogique est fondée sur l’attention, l’écoute, le respect et la confiance dans les 2 sens
  • Mais cette dépendance de l’homme envers la communication sociale peut aussi être une fragilité

Dans un contexte social on a tendance à croire ce qu’on nous dit C’est l’origine des fake news, des utopies des gourous , des mythes des religions ..

 

Pour conclure, notre cerveau dispose de 2 modes d’apprentissage

  • un mode actif, avec mise à l’épreuve des hypothèses
  • un mode réceptif, synonyme d’absorption sans vérification de ce que d’autres nous transmettent

Il faut trouver un compromis : des étudiants attentifs, confiants mais aussi autonomes et capables d’esprit critique, acteur de leur apprentissage

C’est le deuxième pilier de l’apprentissage, que nous appelons l’engagement actif

 

Pour illustrer ce point, voici l’expérience des 2 chatons.

L’un tirant la nacelle l’autre passif dans la nacelle: l’un développe une vision normale et pas l’autre. Un organisme passif n’apprend pas. Apprendre s’est s’engager, explorer, générer activement des hypothèses. Du coup la motivation est essentielle : on n’apprend bien que si on a une idée claire du but à atteindre

Le cerveau n’apprend bien que s’il est attentif, concentré et en pleine activité de génération de modèles mentaux . Pour mieux digérer les faits à apprendre un étudiant actif les reformule sans cesse en mots, en pensées qui font sens pour lui Il peut anticiper, avancer des hypothèses au risque de se tromper. A l’inverse, sans effort la leçon s’évanouit . Faire l’effort de comprendre des phrases soi-même entraine une bien meilleure rétention de l’information

Donc on peut imaginer de rendre les conditions d’apprentissage plus difficiles puisqu’un surcroît d’effort cognitif conduit à une meilleure rétention ou de solliciter davantage les étudiants (activités pratiques, discussions avec des questions difficiles…)

Attention, cela ne veut pas dire qu’il faut aller jusqu’à une pédagogie de la découverte, laissant l’enfant tester et arriver à ses propres conclusions 

 

L’apprentissage marche mieux si l’enseignant explique en détail un exemple avant de laisser l’enfant se frotter à d’autres exemples. La pédagogie de la découverte laisse l’étudiante dans l’illusion qu’il maîtrise un sujet mais sans lui donner les moyens d’accéder aux concepts profonds de sa discipline. Le mieux est une pédagogie qui rend l’étudiant actif mais étroitement guidé par l’enseignant quant à sa progression

Nbc: on peut appliquer ces idées pour détruire la théorie que nos enfants, habitués au numérique seraient en maîtrise du numérique et le comprendrait : c’est une illusion (car ils sont seulement dans la pédagogie de la découverte)

 

La curiosité est présente chez tous et provient de notre habitude d’explorer notre alentour pour en voir les dangers L’acquisition d’une information inconnue (chez tous les mammifères ) provoque une décharge de dopamine. Ainsi, on peut amener un rat à préférer un environnement où les objets changent

Pour nous: nous aimons les voyages, l’expatriation … Chez l’homme, le fait de savoir qu’on va apprendre excite les circuits à dopamine. Nous apprendrons mieux ce que nous étions curieux de connaître

 

Vouloir savoir : le moteur de la motivation 

A chaque instant nous serons curieux d’informations que nous ne connaissons pas si elles nous semblent utiles et abordables. La curiosité ressemble à une courbe en chapeau. Ce qu’on a trop vu ne nous intéresse plus. Ce qui nous paraît trop ardu, non plus.
Dans l’apprentissage, les enfants vont en augmentant petit à petit le niveau de difficulté Mais ils peuvent se détourner d’un sujet qui les intéressait s’il s’avère trop difficile. Pour être curieux, donc, il faut avoir conscience de ce qu’on ne sait pas et de sa vitesse d’apprentissage

 

3 façons de tuer la curiosité 

  • manque de stimulation appropriée (trop facile ou trop difficile)
  • punition de la curiosité (arrête de poser des questions)
  • l’explication trop exhaustive des choses qui poussent les enfants à arrêter de chercher puisque qu’on leur a tout expliqué Il faut les laisser chercher et donc tolérer l’erreur

 

Se tromper, c’est déjà apprendre 

A condition d’avoir le bon retour sur l’erreur : c’est le troisième pilier de l’apprentissage (après l’attention et l’engagement actif).
Il faut essayer quitte à échouer car la compréhension de l’erreur permet de se corriger. Le cerveau apprend quand il voit un décalage entre ce qu’il perçoit et ce qu’il prédit (le cerveau passe son temps à projeter / prédire quand il est en engagement actif)

Le cerveau essaie d’anticiper sur les entrées qu’il reçoit et ajuste ces prédictions selon la surprise, l’improbabilité, l’erreur associées aux informations qu’il reçoit. Apprendre, c’est réduire l’imprévisible Autrement dit, la surprise est un moteur clé de l’apprentissage. L’apprentissage est actif et dépend du degré de surprise lié à la violation de nos attentes.
Pas de surprise = peu d’apprentissage 

C’est ce qui se qui se passe avec un bébé Chaque fois qu’il est surpris, il apprend. Et il refait des expériences pour vérifier si ce qu’il a compris est juste (par ex la gravité). En fournissant un retour sur l’erreur, l’enseignant enrichit considérablement l’information dont dispose l’élève pour se corriger La qualité de ce retour est un facteur déterminant de la réussite scolaire. Il faut donc tenter de diagnostiquer le plus finement possible l’endroit exact ou un l’élève peine et l’aider à trouver le meilleur remède. Avec l’expérience, l’enseignant va se forger un catalogue d’erreurs car tous les élèves retombent dans les mêmes ornières. Il doit aussi rassurer, restaurer la confiance et amender les représentations mentales erronées

Mais attention corriger ne doit pas ressembler à punir car le stress et l’anxiété nuisent à la capacité d’apprendre. À performance égale l’état d’esprit joie un rôle fondamental. Attention aux « je suis nul en maths » par exemple alors que tout le monde peut progresser. Cet état d’esprit n’encourage ni l’attention, ni l’engagement actif et interprète l’erreur comme la confirmation de la nullité.
Le fondement de l’apprentissage est que tout enfant doit déployer des efforts et s’engager au risque d’erreur, c’est la seule façon de développer les circuits du cerveau

 

Se tester est l’une des stratégies pédagogiques les plus efficaces 

Il permet de se rendre compte de ce qu’on ne sait pas et est aussi important que le cours. Ainsi pour un même volume horaire, il vaut mieux privilégier des séances plus courtes afin de mettre en place des tests réguliers. Plus on teste, mieux on retient le cours Et non plus on étudie plus on réussit ! Comme le pensent enseignants et étudiants

 

Se tester régulièrement est positif car il permet d’espacer les apprentissages 

Alterner périodes d’études et de tests, révisions régulières à des intervalles de temps de plus en plus espacés peut multiplier la mémoire par 3 si on révise à intervalles réguliers. L’imagerie médicale montre que le regroupement des problèmes en une seule session diminue l’activité cérébrale, parce que l’information répétée perd progressivement de sa nouveauté. La répétition crée aussi une illusion de savoir due à la présence de l’information en mémoire de travail.
Elle paraît disponible et on ne voit pas l’intérêt de travailler plus. A l’inverse, l’espacement crée un effet de difficulté désirable en interdisant le simple stockage de la mémoire de travail et en forçant ainsi les circuits sollicités à travailler plus

 

Quel est l’intervalle optimal ?

24h au moins (grâce à l’effet du sommeil). Ensuite, ce sera selon notre objectif :

  • pour retenir une info quelques jours / semaines : tous les jours
  • pour retenir cette info pendant plusieurs mois / années : il faut augmenter progressivement l’espace temporel des révisions (tous les jours / semaines / mois / an) Cet espacement grandissant semble sélectionner parmi les différents circuits de mémoire possibles celui qui a la courbe d’oubli la plus lente, celui qui projette les informations le plus loin dans le futur

Car le rôle de la mémoire n’est pas de regarder en arrière, mais d’envoyer une information utile dans l’avenir. A l’école il faudrait donc refaire régulièrement des exercices sur le chapitre qui vient d’être terminé, mais aussi sur les chapitres précédents. Dans cet ordre d’idée, on peut penser que les partiels ont leur utilité même si les révisions se font trop à la dernière minute

Revoir des notions régulièrement est bénéfique, même si on les maîtrise déjà (on appelle cela le sur-apprentissage) : un retour sur l’erreur même si on a choisi la bonne réponse permet au cerveau de continuer à apprendre (tant qu’il y a de l’incertitude, il y a apprentissage). Mais surtout, la répétition automatise nos opérations mentales jusqu’à les rendre inconscientes, c’est ce qu’on appelle la consolidation

La consolidation, c’est passer d’un traitement lent et conscient a un fonctionnement rapide inconscient (par exemple : la lecture). Le cerveau dispose de mécanismes de routinisation qui compilent les opérations que nous utilisons souvent sous la forme de routines efficaces Il les transfère dans d’autres régions du cerveau où elle pourront se dérouler inconsciemment sans perturber les autres opérations en cours. C’est important car les réseaux du contrôle exécutif imposent un goulot d’étranglement : ils ne peuvent pas faire deux choses en même temps La routinisation libère donc des ressources cérébrales

 

Le rôle du sommeil

Expérience :

  • faire apprendre la même chose à 8h du matin ou à 8h du soir
  • Au bout de 8h, l’apprentissage du matin s’effondre
  • Alors que, au bout de 8h, celui de minuit reste stable

La quantité d’apprentissage varie selon la durée et la profondeur du sommeil. Et inversement le besoin de sommeil semble dépendre des événements qui se sont produits la veille.
Le cerveau endormi revit les épisodes de la veille En effet, l’hippocampe contient des cellules de lieux, qui se déchargent en certains points de l’espace Certains neurones déchargent dans certains endroits Au bout d’un certain temps, tout l’espace réel va être couvert par les décharges des neurones et le mouvement dans l’espace réel devient une séquence temporelle dans l’espace neuronal… mais en accéléré d’un facteur 20

Ce phénomène s’étend à tout le cortex, grâce à la réactivation nocturne un événement pourra être rejoué des centaines de fois. Ce transfert pourrait être la fonction du sommeil L’hippocampe engrangerait les souvenirs de la journée dans une mémoire rapide tandis que pendant la nuit la réactivation de ces signaux permettrait d’entraîner d’autres réseaux de neurones, principalement dans le cortex, une mémoire plus lente mais capable d’extraire un maximum d’informations de chaque épisode. Plus un neurone se réactive pendant la nuit, plus il augmentera sa participation à la tâche au cours de la journée suivante

Pendant le sommeil, vont se réactiver les zones du cerveau qui ont été sollicitées pendant la journée. Par exemple pour un apprentissage moteur, l’imagerie cérébrale montre que l’activité nocturne augmente dans le cortex moteur. On peut ainsi imaginer augmenter l’apprentissage en augmentant la profondeur du sommeil ou en forçant le cerveau à réactiver certaines zones (salle de classe avec parfum de rose > odeur de rose dans la chambre)

La consolidation nocturne ne se réduit pas au renforcement des connaissances existantes Les découvertes de la journée sont aussi recodées sous une forme plus abstraite et plus générale. Chaque nuit, nos idées flottantes sont rejouées des centaines de fois, ce qui multiplie les chances que notre cortex y découvre des règles qui font sens. L’accélération des décharges neuronales permet à beaucoup de neurones d’être activés au même moment. (Attention néanmoins on ne peut pas apprendre en dormant de notions nouvelles )

 

Notre cerveau contient d’immenses modèles internes, capables de « ré-synthétiser » des images mentales plus vraies que natures, des dialogues réalistes et des déductions qui font sens. A l’état de veille, nous ajustons ces modèles: les données sensorielles que nous recevons du monde extérieur nous servent à sélectionner ceux qui collent le mieux au monde qui nous entoure. C’est un fonctionnement du bas vers le haut : les messages d’erreurs, issus des aires sensorielles de bas niveau, montent dans la hiérarchie du cortex et ajustent nos pondérations statistiques.

Au cours du sommeil, notre cerveau fonctionne à l’inverse, du haut vers le bas : nous utilisons nos modèles génératifs pour synthétiser des images nouvelles. Pendant le sommeil ce sont donc nos connexions montantes qui s’ajustent : elles détectent quelles régularités du monde extérieur pointent vers tel ou tel modèle interne. Nos rêves ne seraient que des images d’entraînement, des reconstitutions de la réalité destinées à démultiplier les expériences (sinon limitées) que nous avons faites dans la journée (nous nous rappelons qu’il faut une énorme quantité de données à l’intelligence artificielle / c’est notre façon humaine de procéder, au sommeil, le cerveau simule des myriades d’expériences qu’une vie entière ne suffirait pas à avoir).

A durée égale le sommeil de l’enfant est 2 à 3 fois plus efficace que celui de l’adulte Car l’enfance est une période privilégié d’apprentissage Un bébé qui fait la sieste retient mieux les mots qu’on lui a enseigné. Idem à la maternelle, une brève sieste l’après midi est bénéfique.

Malheureusement notre sommeil est menacé. On pense qu’une partie non négligeable des enfants hyperactifs et atteints de troubles de l’attention pourraient souffrir de manque de sommeil. Chez les adolescents, le cycle du sommeil se décale : ils vont se coucher plus tard, avoir un lever difficile. Si on diffère le début des cours d’1/2 h ou d’1 heure, tout change (absentéisme, attention et performances scolaires )

 

Quelques conseils pour finir

  • Ne sous estimons pas les enfants ( ils ont beaucoup de compétences dès la naissance)
  • Profitons des périodes sensibles (apprentissage des langues très tôt, voire une 2de langue), cette plasticité perdure jusqu’à l’adolescence
  • Enrichissons l’environnement, fournissons des données à la hauteur
  • Ne croyons pas que les enfants sont tous différents le cerveau est le leur, les enfants rencontrent les mêmes difficultés
  • Faisons attention à l’attention
  • Rendons l’enfant actif, curieux engagé autonome
  • Faisons de chaque jour d’école un plaisir
  • Encourageons les efforts
  • Aidons les élèves à approfondir leur pensée
  • Fixons des objectifs clairs à l’apprentissage
  • Acceptons et corrigeons les erreurs, révisons encore et encore
  • Laissons les enfants dormir

Découvrez la vidéo d’Albert Jacquard : LA VRAIE INTELLIGENCE SELON ALBERT JACQUARD

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